LA CABANE À SUCRE
TRADITIONNELLE

La cabane à sucre est une bâtisse construite dans le but de fabriquer le sirop et le sucre d'érable dans l'érablière même. Elle doit être sise dans un endroit sec et ensoleillé, plutôt sur le versant d'une petite colline, à proximité d'une source d'eau, vers le centre de l'érablière d'où partent des chemins de cabane. Une pente légère facilite la construction du ganoué. Son installation dans un endroit plus sec élimine une partie de l'humidité, au moment où la fonte des neiges rend le sol froid et mouillé.

De forme rectangulaire, la grandeur de la cabane est en relation directe avec celle de l'évaporateur et donc de la quantité d'érables entaillés. On gardera 2 mètres devant les feux et au moins 1 mètre à l'autre extrémité, alors que la largeur sera de trois fois celle du Champion. Le tout, comprenant la remise pour le bois, ne dépassera pas 12 à 15 mètres de long par 6 ou 7 de large.

Évaporateur à l'intérieur d'une cabane à sucre.

Elle est bâtie de poutres équarries à la hache et de planches. Son toit, à double versant, est recouvert de bardeaux et plus récemment de tôle. On y pratique une ouverture ou lucarne munie d'un toit surélevé d'environ 1 mètre et dont les côtés sont des panneaux qu'on peut rabattre sur le toit de l'intérieur, à l'aide de cordes et de poulies. Cette lucarne a pour but de créer un courant d'air permettant de faire sortir la vapeur due au bouillage de la sève. C'est cette fumée qui fait le charme de nos campagnes durant toute la période des sucres où, de loin en loin, on voit de petites colonnes de fumée blanche monter des érablières.

Une cheminée de tôle fait sortir la fumée du feu sous l' évaporateur. Elle doit être suffisamment haute pour avoir un bon tirant et éviter les dangers d'incendie dus aux étincelles qui pourraient s'échapper.

Les ouvertures sont de préférence sur le côté sud pour favoriser l'ensoleillement. La porte, grande ouverte durant les beaux jours, laisse entrer de chauds rayons et beaucoup de clarté. La terre battue aurait pu constituer un excellent terrain pour ce genre de construction relevant plus de l'abri que de la maison, mais les exigences climatiques ont obligé les sucriers à plus de précautions; même les petites cabanes sont munies de planchers de bois ou de béton les isolant du froid et de l'humidité du sol.

Greffée à la cabane, la shed à bois vient compléter cette architecture. À proximité de la bouilleuse pour faciliter le travail, elle doit être assez vaste pour contenir le bois nécessaire à une saison. Elle peut être ajourée, sans mur extérieur, du moment qu'elle ait un bon toit pour la préserver des intempéries.

Le ganoué, à l'arrière ou sur le côté, permet d'approcher la tonne tirée par le cheval ou le tracteur tout près de la cabane et allège ainsi la tâche.

À l'intérieur de la cabane, une atmosphère se dégage de cette vie de travail et de plaisir. Les feux occupent le centre de la place avec la bouilleuse et sa couenne de lard, suspendue au-dessus, qu'on descend dans le sirop pour éviter que l'écume ne déborde. À l'occasion, un deuxième feu plus léger provenant d'un poêle de finition à une seule petite bouilloire, sert pour continuer la cuisson du sirop et le transformer en tire ou en sucre.

Un décor rustique vient agrémenter cette vie éphémère mais intense : une table et un établi le long du mur, des bancs et des chaises, la chaise de lâche où le sucrier prendra du repos durant les nuits de bouillage, des tablettes pour les outils. Tout est rangé ou à la traîne : écuelles, palettes, chaudières, goudrelles, moules à sucre, trempeuse, terrine, poêlon, ...

Au mur, sur des clous ou des chevilles de bois, on suspend les raquettes nécessaires pour courir les érables, les outils, les récipients et les flanelles à couler. La toiture inclinée permet d'installer sur les côtés deux petits planchers ajourés, sur lesquels on remise le matériel non utilisé : chaudières, chalumeaux, récipients, outils, etc. Les vieux calendriers racontent les traditions et le vécu de la cabane. D'autres éléments s'ajoutent, des graffitis indiquent le nombre d'entailles des années passées, la quantité produite, la hauteur de la neige, la date du début de la coulée et celle où on a cabané. Sur le seuil, des marques de couteau indiquent l'heure du sauvage : se basant sur l'équinoxe du printemps, on accorde à chaque ligne une heure fixe et l'ombre du montant de la porte sert à en faire la lecture.

C'est dans cette ambiance de chaleur et de fumée sucrée que durant près d'un mois s'organise la vie quotidienne du sucrier. C'est un travail sans horaire, au rythme changeant modelé à la vie de la nature et du climat; on chauffe même la nuit si les érables ne cessent de couler, on dort quand on peut, on mange et on rit. Lié au plaisir, le temps des sucres venait anciennement offrir un répit au carême. Les Québécois, très religieux, suivaient un jeûne durant les quarante jours avant Pâques et les sucres amenaient une période de relâche avec ses fêtes et ses joies. Ils apportaient une nourriture fraîche alors que les vivres de l'hiver s'épuisaient rapidement. Au temps des sucres, c'est le printemps,  la nature qui s'éveille. On n'allait pas manquer pareille occasion de festoyer.

Les repas apportent aussi leurs doux plaisirs : les oeufs dans le sirop et les oreilles de crisse, au nom évocateur pour tous les Québécois, les crêpes et les grands-pères, les trempettes, le jambon et les fêves au lard, le thé, la bagosse et le caribou. L'odeur de toute cette bonne nourriture attire bientôt toute la famille et les amis qui viennent donner un coup de main et se régaler.